Le zen

Cheminer

Aux pieds de l’hymalaya

Le mot “zen” est un dérivé japonais du mot chinois ch’an lui-même dérivé du sanskrit dhyana qui désigne la concentration de l’esprit, la présence au monde, état dans lequel s’abolissent toutes distinctions entre sujet et objet, entre vrai et faux.

Ainsi le zen est l’essence de toute expérience religieuse. On pourrait dire que la pratique du zen a commencé avec les premiers hommes, cependant, dans le Bouddhisme on s’accorde à dire qu’elle débuta avec le Bouddha Shakyamuni environ cinq cents ans avant notre ère. Issu d’une famille noble du nord de l’Inde, celui-ci décida de quitter sa vie princière afin de résoudre la souffrance inhérente à l’existence humaine. Il étudia auprès de nombreux maîtres avant de rejoindre un groupe d’ascètes et de passer six années avec eux dans la forêt. Extrêmement affaibli par ses mortifications, il réalisa que celles-ci ne le menaient qu’à la mort et il commença à mettre en pratique la voie du milieu. Ayant recouvré ses forces, Shakyamuni s’assit sous un arbre dans la posture de zazen faisant voeu de n’en plus bouger avant d’avoir trouvé les réponses à ses questions.

Une fois éveillé, il s’empressa d’éclairer ses anciens compagnons d’ascèse, créant ainsi les bases de ce qui allait devenir la communauté bouddhique, la Sangha. Le sermon qu’il leur fit est connu sous le nom de « quatre nobles vérités » et désigne les causes de la souffrance comme étant l’attachement à des phénomènes de nature impermanente et le moyen de s’en libérer : la pratique de « l’octuple sentier ». Dans le zen on considère que la racine du « sentier octuple » se trouve dans la pratique du zazen, la méditation assise.

Shakyamuni enseigna jusqu’à sa mort à quatre-vingts ans. Lors d’un sermon qu’il fit sur le Pic des Vautours en Inde, le Bouddha tourna une fleur entre ses doigts en souriant silencieusement. Seul Mahakashyapa, l’un de ses disciples, comprit son geste et sourit à son tour, devenant ainsi le premier patriarche. Selon la tradition bouddhiste zen, la lignée qui naquit à ce moment-là n’a pas été interrompue jusqu’aujourd’hui.

 Le Chan chinois

Même si la transmission de patriarche en patriarche reste partiellement légendaire pour ce qui est de l’Inde, la lignée que débuta Bodhidharma en Chine au cinquième siècle de notre ère est attestée historiquement. Bodhidharma est considéré comme le vingt-huitième patriarche depuis Shakyamuni et le premier à avoir apporté la transmission du zen d’Inde en Chine. Le bouddhisme y était déjà bien implanté lorsque son bateau accosta cette terre orientale, mais sa pratique se résumait essentiellement au respect des règles monastiques et à l’étude des soutras, enseignements du Bouddha transposés par écrit. Ainsi l’enseignement révolutionnaire de Bodhidharma, tranchant nettement avec ce qui était déjà connu, fut mal accueilli, notamment par l’empereur déconcerté par l’entrevue qu’il eut avec le maître. L’empereur Wu, fervent propagateur du bouddhisme lui demanda quels mérites lui vaudraient ses actions pour ses incarnations futures. « Aucun mérite. » lui répondit Bodhidharma. L’essence du bouddhisme ? « Un grand ciel vide, rien de sacré. » « Mais alors, qui est en face de moi ? », lui demanda l’empereur pour finir. « Je ne sais pas. » Réalisant que les chinois n’étaient pas encore prêts à recevoir son enseignement, Bodhidharma se retira dans une grotte pour y pratiquer zazen pendant neuf ans.
Entre Bodhidharma et Eno, le sixième patriarche du zen chinois, le zen se forma et atteignit sa maturité, notamment en s’imprégnant de la pensée taoïste. Après Eno les écoles commencèrent à proliférer, utilisant des méthodes d’enseignement différentes, mais nombre d’entre elles s’éteignirent au cours des années et des siècles. Les deux écoles principales qui virent le jour à cette époque et qui subsistent encore aujourd’hui sont le Rinzai et le Soto. La première base son enseignement sur l’étude des koan dans le but d’atteindre l’éveil, tandis que l’autre insiste sur une pratique silencieuse et sans but du zazen. Toujours est-il que ce sont les successeurs d’Eno qui firent la grande époque du chan (zen chinois) avec des maîtres éminents aux noms de Baso, Hyakujo, Tozan, Rinzai ou Joshu.

 Dogen et le zen japonais

Le chan ne commença à décliner qu’à partir du douzième siècle et c’est à ce moment précis que Dogen, jeune moine japonais parti à la recherche du véritable enseignement en Chine, rencontra Nyojo, un maître de l’école Soto. Celui-ci lui transmit le Dharma au bout de trois années, permettant ainsi à Dogen de rejoindre sa terre natale afin d’y implanter et d’y faire prospérer le zen.
C’est un peu la même histoire qui poussa les pas de Taisen Deshimaru vers l’Occident, en 1967. Disciple du maître réformateur Kodo « sans demeure » Sawaki, il devint moine à la mort de celui-ci et rejoignit Paris. Lorsqu’il quitta le Japon le zen y était essoufflé, affaibli par ses compromissions lors de la guerre et empêtré dans un carcan formaliste. Deshimaru savait que le zen avait besoin d’une terre nouvelle pour repartir sur des bases plus saines et plus fraîches et sa mission, qui dura quinze années, connut un rapide essor en s’adaptant à ses disciples occidentaux et à son époque. Tout comme Bodhidharma et Dogen avant lui, Deshimaru insista sur le zazen, le désignant comme l’axe, la colonne vertébrale d’une pratique imbriquée dans le social et le quotidien.

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